STAGE
Le trio assure des stages de danse, Gabriel (et/ou) Aurélien à la musique et
Benoit à la danse. Le contenu peut varier selon les désirs des organisateurs.
Le répertoire est vaste !
Nous travaillons aussi avec Jean-François Miniot et Marif Coffineau...
LES DANSES DU POITOU
Le répertoire des danses traditionnelles collectées en Poitou surprend fréquemment le danseur profane par sa diversité : danses en rond, en chaîne, sur deux fronts, en quadrette, en couple ouvert ; pas binaires ou ternaires, glissés, courus, découpés, frappés, sautés, terriens ou aériens...
Cette perception d’une diversité certes bien réelle mérite d’être tempérée. L’évolution des formes des danses est le résultat d’une histoire, d’emprunts successifs à d’autres milieux (citadins) ou d’autres terroirs (pays de bourrées). Quant aux pas, la diversité d’exécution masque de prime abord, une parenté bien réelle au plan rythmique, et ce n’est pas un hasard si des mélodies très voisines sont utilisées pour faire danser les avant-deux en Bocage, les maraîchines en Bas-Poitou, les vries entre Plaine et Gâtine, les gâtinelles, les bals binaires. C’est que l’héritage des branles est omniprésent et a marqué durablement les pays poitevins dans les pas, dans la musique...
Pour être rapide on pourrait dire que trois familles de danses coexistent en Poitou :
- les rondes chantées dont la pratique s’est peu à peu circonscrite à certaines communautés restreintes (famille, voisinage,...) ou à certains espaces géographiques (îles de la côte vendéenne, marais,...).
- les danses utilisant rythmes et pas du branle (avant-deux, maraîchine, gâtinelle, vrie...) sous diverses formes (ronde, chaîne, couple ouvert, contredanse).
- les bourrées poitevines (marchoise, limousine), danses ternaires, fruit d’un probable emprunt au Limousin proche.
Ces danses nous sont principalement connues au travers des nombreuses collectes effectuées dans la seconde moitié du XXe siècle, c’est-à-dire à une époque fort tardive au regard de la disparition de la société traditionnelle. Certaines danses ne subsistaient plus qu’à l’état de traces dans la mémoire de quelques informateurs âgés (telle la « quatre-danse » ou la mouvante en Gâtine), d’autres survivaient à la société qui les avaient élaborées (telle l’avant-deux en Bocage dans les bals de noces), d’autres encore avaient déjà été remises au goût du jour - et souvent transformées - par une démarche revivaliste : groupes folkloriques, régionalisme, mouvement folk dans une moindre mesure (la maraîchine). De plus, si certains terroirs furent abondamment (voire systématiquement) collectés, d’autres n’ont été que peu visités. Notre connaissance des danses pratiquées en Poitou avant 1914 est donc partielle et disparate.
Les archives sonores, audiovisuelles résultant de ce travail ethnographique représentent des centaines d’heures et leur étude est encore en cours.
C’est pourquoi nous demeurons prudents et humbles. La pratique que nous proposons à travers bals, stages, ateliers, n’est qu’une manière de réappropriation par des danseurs d’aujourd’hui, du fruit de nos travaux de recherche. Et la recherche se poursuit...
LA MARAICHINE
Le terme « maraîchine », relativement récent, sert à désigner les formes de branles pratiquées dans le Marais de Challans (Bas-Poitou). La maraîchine est dansée par des couples, le plus souvent disposés en ronde, plus rarement en chaîne ou sur deux fronts. Elle comprend généralement deux parties correspondant à deux thèmes musicaux. La première est dansée sur le cercle, avec ou sans déplacement ; la seconde en couple, chaque couple tournant sur lui-même.
La musique peut être vocale (chant des danseurs) ou instrumentale (musicien placé au centre ou à l’extérieur de la ronde).
La maraîchine n’a cessé de se danser dans le Marais, mais il est difficile de distinguer dans la pratique récente la part d’une survivance des formes héritées de la tradition et l’influence du revivalisme, en particulier des groupes folkloriques présents très tôt dans cette région.
L’AVANT-DEUX
Dansé par des couples disposés en quadrettes ou sur deux fronts, l’avant-deux, dans les pays de Bocage, associe une forme chorégraphique datée, celui du modèle citadin de la contredanse française, au substrat plus ancien du branle dont on a gardé les pas, les rythmes et les mélodies.
Pratiqué encore aujourd’hui lors de certains bals de noces, l’avant-deux présente une grande diversité de pas, de relations entre danseurs, au point que nous fûmes naguère tentés de parler DES avant-deux.
En Bocage l’avant-deux comporte quatre parties.
- « En avant-deux » et « traversez » : évolution simultanée d’une des danseuses de la quadrette et de son vis-à-vis.
« Balancez » : swing en position de danse de couple.
« Rassemblez » : déplacements avant-arrière simultanés des deux couples.
En Gâtine l’avant-deux comporte deux ou trois parties : « en avant-deux » avec l’ensemble des danseurs, parfois « traversez », et « balancez ».
L’avant-deux est mené, dirigé, gouverné par le musicien. C’est lui qui désigne au préalable les danseurs qui les premiers iront « en avant-deux », c’est lui qui annonce chacune des parties de la danse, c’est lui enfin qui « juge et commente les prestations des danseurs ».
Dans le Haut-Bocage, il était fréquent que le musicien ajoute aux parties habituelles de la danse (ou intercale entre elles) une figure empruntée aux quadrilles : moulinet, promenade, galop, 4 coins,...
LA MARCHOISE, LA LIMOUSINE
Ces termes désignent en Haut-Poitou des danses apparentées aux bourrées ternaires.
La Marchoise était dansée dans le sud de la Vienne, proche du Limousin. Les formes en sont variées : deux danseurs isolés évoluant l'un par rapport à l'autre, quatre danseurs évoluant « en croisé », ronde... Les pas sont vifs, parfois aériens, souvent bien marqués voire frappés.
La Limousine, dansée en ronde, a connu des fortunes diverses. Dans le sud du Poitou, la parenté avec les bourrées du Limousin reste identifiable. Plus au nord, dans les pays de bocage, les bribes collectées sont celles d'une ronde-jeu, qui ne garde qu’un emprunt probable aux pays des bourrées que la mélodie et le rythme ternaire.
LE BAL
Pouvant être binaire ou ternaire, présent en Aunis, Saintonge et dans le sud du Poitou, le bal apparaît comme une forme de branle. Les mélodies des bals binaires sont fréquemment proches de celles utilisées ailleurs pour danser la maraîchine, l'avant-deux, la gâtinelle, la vrille.
Le bal se dansait le plus souvent en ronde mais aussi parfois sous d'autres formes (bals à 2, à 4...). Certaines de ces formes sont probablement le fruit d'emprunts tardifs à la contredanse.
Il est à noter que les mots « branle » et « bal » ont été utilisés au début du XXe siècle, en différents lieux du Poitou-Charentes, comme des termes génériques désignant la danse en général, les occasions de danse, voire le lieu où l'on danse : « aller au branle » (= aller danser).
LES PAS D'ETE
Le terme recouvre en Poitou deux réalités très différentes.
1) Des avant-deux rapides en deux ou trois parties, parfois intégrés au quadrille, qui offrent souvent aux musiciens l'occasion de donner à entendre leur virtuosité instrumentale. De nombreuses mélodies destinées à faire danser ces « pas d'été » ont été collectées en Poitou, du Haut-Bocage au Civraisien ; plus rares ont été malheureusement les témoignages de danseurs et les démonstrations.
2) Des pas individuels, utilisés par des danseurs rivalisant de virtuosité avec les musiciens lors de sortes de joutes, ou réinvestis par les mêmes danseurs dans les quadrilles... On peut s'interroger sur la parenté de ces « pas d'été » avec ceux enseignés par les maîtres à danser militaires au cours du XIXe siècle. Malheureusement les rares traces collectées en Bas-Bocage et Haut-Bocage vendéen laissent subsister le doute sur ce point, comme d'ailleurs sur l'importance ou la marginalité de la pratique de ces « pas d'été ».*
*le « pas d'été de médoeux » présent dans ce C.D."Les Pieds sur la Braise" utilise toutefois l'un des rares pas de ce type, collecté vers 1975 en Bas-Bocage vendéen.
Jean-François Miniot